Une autre histoire de la Terre

3. L'évolution de La vie
et les champs d'information

Partie 1
Darwin et la théorie moderne de l'évolution

Alain Boudet

Dr en Sciences Physiques

1. Apparition de la vie
2. Histoire des animaux
3. Évolution de la vie et champs d'information

Résumé: 1. Les archives archéologiques montrent que les espèces animales et végétales ont évolué au cours des siècles. Quel est le moteur de cette évolution? Darwin et les néodarwinistes énoncent que des variations ont lieu par hasard et que certaines sont avantagées et se développent au détriment des autres. C'est ce que nous sommes conditionnés à croire (enseignement scolaire, musées, médias, etc.). Froide et aveugle, fondée sur l'égoïsme et le conflit permanent de tous contre tous, cette théorie enlève tous sens à la vie, et a donné lieu à des perversions sociales. Elle oublie que l'altruisme et l'unité de toute chose sont des principes fondamentaux de la vie.

Contenu de la partie 1

Annexes

Partie 2: Le darwinisme en question à la lumière de la biologie

  • Au-delà du néodarwinisme

Partie 3: Un principe organisateur - Pratiques inquiétantes dans la science

  • Un principe organisateur venu d'ailleurs?
  • La tyrannie du néodarwinisme au détriment de la vérité
  • Les théories scientifiques cachent des présupposés

Partie 4: Information et mythes de création

  • Les schémas cybernétiques de la création
  • Les traditions et les mythes de création
  • Évolution de la conscience humaine

Au sein de ses roches, la Terre recèle les empreintes de la vie qui l'a peuplée depuis un lointain passé. Dans le chapitre précédent (Histoire des animaux) de cette série consacrée à l'histoire de notre Terre, nous avons contemplé le déploiement des espèces animales depuis 2 milliards d'années. Nous avons pu constater avec quelle diversité les formes animales avaient évolué au cours des âges, passant par des formes étonnantes complètement inconnues aujourd'hui.

Toutefois, il est important de noter que les archives fossiles de la Terre ne fournissent pas un film continu de l'histoire, mais une série d'instantanés figés sur le terrain. C'est pourquoi, dans le présent chapitre, nous nous posons les questions suivantes:

Que s'est-il passé entre deux instantanés?
Qu'est-ce qui gouverne l'apparition d'une nouvelle espèce végétale ou animale?

Les 3 types de réponses sur l'évolution

À ces questions brûlantes, plusieurs réponses ont été et sont proposées par les scientifiques et les philosophes. Elles s'articulent autour de 3 types.

1. La réponse la plus immédiate dans notre culture est celle retenue par la science officielle. C'est celle que nous recevons tous, qui nous est imposée massivement par l'enseignement, les médias, les discours des scientifiques. Elle s'accroche à la théorie synthétique de l'évolution de Darwin (ou néodarwinisme), élaborée à la suite des recherches de Charles Darwin au 19e siècle, complétées par les connaissances ultérieures en génétique et en biologie. J'explique de quoi il s'agit dans cette première partie.

Cette théorie néodarwiniste est une hypothèse possible. Mais elle n'est pas un fait avéré. Elle peut être remise en cause comme toute théorie scientifique. Elle comporte des lacunes importantes et des mystères non résolus. D'autres scénarios, qui seront exposés dans la deuxième partie, ont été proposés par des scientifiques insatisfaits par cette théorie. Mais ils sont généralement dénigrés, ou censurés par la tendance majoritaire néodarwiniste.

2. La plupart des systèmes religieux proposent un autre type de réponse, fondé sur l'existence d'un principe supérieur. Les descriptions diffèrent pour les multiples courants chrétiens, les bouddhistes, les amérindiens ou les aborigènes, pour ne citer que quelques cultures.

Pourquoi alors la science officielle, en les dénigrant, les réduit-elle à une caricature simpliste du Dieu-a-tout-créé-lui-même une fois pour toutes, sous le nom de créationnisme? Parce qu'elle évite d'étudier soigneusement les réponses des érudits. Elle ne laisse pas la place à la discussion et veut imposer sa vision comme LA vérité. Je décrirai cette situation conflictuelle dans la troisième partie. Nous constaterons que la recherche officielle s'interdit de prendre en compte des influences supérieures et qu'elle passe à côté de voies de recherches révolutionnaires et éclairantes, qui rejoignent de nombreuses traditions.

3.  Car il existe un troisième type de réponse qui est fondé ni sur le mécanisme officiel, ni sur des croyances religieuses. Il fait appel à des mécanismes subtils, impliquant les lois qui régissent les plans supérieurs. Ces plans, non reconnus par la science, sont pourtant expérimentés par beaucoup et abondamment décrits dans des textes anciens d'érudits.

Il s'agit d'une science supérieure que certains scientifiques hors des sentiers battus commencent à aborder. J'ai déjà rapporté de quoi il s'agit dans le premier chapitre de cette série (Apparition de la vie), à propos de réactions chimiques pilotées par des champs d'information électromagnétiques.

C'est cette position que je propose logiquement encore ici, sur la base de mes connaissances scientifiques et spirituelles concernant les champs d'information de l'univers et des êtres vivants.

La création et l'évolution des espèces ne peuvent se comprendre que si on tient compte du rôle majeur de ces programmes d'information supérieurs.

En exposant ces idées, mon intention n'est pas de rapporter en détails les débats passionnés et techniques des protagonistes du darwinisme. Je souhaite seulement vous apporter suffisamment d'informations pour ouvrir des portes de réflexion substantielles sur le sujet. La vie est bien plus que vous ne croyez. J'ai à cœur de vous faire découvrir ces pistes parce qu'elles nourrissent des questions qui pour moi sont fondamentales:

Pourquoi sommes-nous ici sur cette Terre?
Avons-nous des responsabilités et lesquelles?

Les réponses finales au questionnement sur l'évolution des espèces animales nous montreront que notre vie a effectivement un sens qui ouvre des perspectives exaltantes.

Charles Darwin et ses contemporains

Au 19e siècle, la variété des fossiles découverts dans des terrains anciens posait question aux savants et philosophes, car elle n'était pas en rapport avec les représentations et les croyances de leur époque. C'était en particulier le cas de Charles Darwin, dont les idées ont eu une énorme influence jusqu'à nos jours.

Afin de mieux comprendre la théorie actuelle néodarwiniste de l'évolution, je commencerai mon investigation en explorant l'œuvre de Darwin lui-même dans le contexte de son époque.

Naissance de la théorie de Darwin

Charles Darwin

Charles Darwin. Portrait de George Richmond, fin des années 1830. Merci à Wikimedia

Charles Darwin (naturaliste et paléontologue anglais, 1809 - 1882) se fit engager en 1831, à 22 ans, dans une expédition océanographique de 5 ans sur un bateau. Il visita les rivages de l'Amérique du Sud, fit des séjours à terre dans la Terre de Feu à l'extrême sud du continent, ainsi que dans la jungle brésilienne, la pampa argentine, et les montagnes andines. Le bateau l'emmena aussi dans des iles de l'océan Indien.

Dans tous ces lieux, il observa minutieusement la faune et la flore qui les peuplaient, captura des organismes vivants et récolta des fossiles d'espèces disparues. Il fit des observations géologiques sur les couches sédimentaires. Cela fut le début d'une réflexion sur la transformation des espèces.

Après son voyage, il estima que ses réflexions n'étaient pas abouties, et il ne publia pas ses conclusions. Il craignait d'être sévèrement attaqué et traité d'hérétique, comme l'avait été avant lui Robert Chambers, auteur en 1844 d'une publication anonyme (Vestiges de l'Histoire naturelle de la Création). Il voulait d'abord étoffer et affuter ses arguments. Aussi effectua-t-il des recherches approfondies complémentaires pendant plusieurs années. Ce travail intense, ajouté à ses occupations littéraires, détériora sa santé.

En 1858, tandis qu'il rédigeait les résultats de ses recherches en vue d'un livre très fourni, son confrère Alfred Russel Wallace lui envoya un article détaillant ses propres recherches pour lui demander son avis. Il y exposait des relations entre la distribution géographique des espèces et leurs changements morphologiques au cours des temps.

Cet article contenait des analogies avec la théorie que Darwin élaborait depuis 20 ans et qu'il n'avait pas encore rendue publique. Aussi, sur l'incitation de ses amis naturalistes, pour faire connaitre l'antériorité de ses propres recherches et de ses conclusions, Darwin se décida à les présenter publiquement.

Mais à ce moment-là, Darwin avait des soucis avec la santé de ses enfants, dont l'un allait mourir peu après de la scarlatine. Ce sont donc deux de ses amis qui présentèrent, lors d'une session de la société savante Linnean Society à Londres, à la fois l'article de Wallace et des extraits d'un essai inédit de Darwin, en l'absence des deux auteurs (On the Tendency of Species to form Varieties; and on the Perpetuation of Varieties and Species by Natural Means of Selection). Ces deux amis étaient le naturaliste Joseph Hooker et le géologue britannique Charles Lyell (1797 – 1875) dont les idées séduisaient Darwin.

Finalement, en 1859, 23 ans après son retour de voyage, Darwin fit paraitre la première édition anglaise de son ouvrage: De l'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie. [Les citations qui sont rapportées dans cet article sont extraites de la traduction française de la 6e édition de 1876, que l'on peut consulter en ligne]

Les observations de Darwin

C'est en observant les oiseaux et les fossiles au cours de son voyage que le principe de variabilité des espèces germe dans l'esprit de Darwin. Il est frappé par le fait que des espèces différentes (par exemple des tortues) se sont développées dans des iles différentes et que chacune des espèces est parfaitement adaptée à son habitat.

En outre, il note des similitudes entre la faune vivante de l'Amérique du Sud et les fossiles qu'il y découvre, et il réfléchit sur leurs rapports.

Revenu en Angleterre, il consulte de nombreux experts dans différents domaines de la nature et de la paléontologie. Il rencontre et questionne les éleveurs et les jardiniers qui ont créé des espèces par des méthodes de sélection. Il cultive des plantes, élève de la volaille et des pigeons.

Cela lui suggère que les animaux se modifient au cours du temps à partir d'une espèce première qui se serait diversifiée en fonction des conditions d'habitat.

Les pinsons des Galapagos

Variété de becs de pinsons dans les iles Galapagos.
Dessin extrait de Journal of researches into the natural history and geology of the countries visited during the voyage of H.M.S. Beagle round the world, Charles Darwin, 1845.
Merci à Darwin on Line

L'observation de Darwin la plus souvent citée est la différence de taille et de forme du bec des pinsons des iles Galapagos situées au large de l'Équateur. Les becs semblent tout à fait adaptés à la nourriture de l'espèce: fins pour l'espèce qui se nourrit de la chair des cactus, gros pour celle qui casse des graines dures (voir Pinson de Darwin).

En réalité une étude récente a montré que le lien entre la forme et la fonction est beaucoup plus complexe que cela, le bec ayant de multiples fonctions, pas seulement alimentaires (The evolutionary relationship between beak shape, mechanical advantage, and feeding ecology in modern birds, G. Navalón, J. A. Bright, J. Marugán‐Lobón and E.J. Rayfield, Evolution, 2018).

Le mimétisme

Darwin relève aussi une autre forme d'adaptation, liée à une fonction de protection, nommée plus tard mimétisme batésien.

En 1863, Henry Walter Bates (naturaliste britannique, 1825 - 1892) qui avait exploré le bassin de l'Amazone, montra qu'une espèce de papillon s'était parée des couleurs d'une autre espèce peuplant le même secteur. L'espèce originale était abondante mais n'était pas du goût du prédateur (elle n'est pas comestible). L'espèce déguisée échappe ainsi à ce prédateur en le trompant, tandis qu'il mange les espèces voisines (voir Imitation et mimétisme dans le monde des insectes, par Pierre-Olivier Templier et Mimétisme, subterfuge chez les arthropodes, dans Le monde des insectes).

La théorie darwiniste de l'évolution

La théorie que Darwin expose dans ses ouvrages s'articule sur deux principes: d'une part la transformation des espèces au fil du temps et d'autre part le mécanisme de la sélection naturelle. Ces principes contiennent eux-mêmes plusieurs hypothèses sous-jacentes, ce qui en fait un ensemble théorique complexe.

1.Le principe de variabilité des espèces

Pour expliquer la diversité des espèces qu'il a pu observer d'une part dans les espèces vivantes et d'autre part dans les fossiles, Darwin énonce ce principe:

  1. Dans une espèce, les différents individus présentent des variations de l'un à l'autre. [C'est une constatation.]
  2. Ces variations sont en grande partie transmises à la descendance. Les espèces vivant à une époque dérivent par hérédité d'autres espèces anciennes généralement éteintes.
  3. les différentes espèces d'une époque ont des ancêtres communs. Il devrait être possible, en remontant plus haut dans la lignée, d'arriver à un seul ancêtre commun. [C'est une opinion.]

À son époque, Darwin ne pouvait pas imaginer comment des variations étaient transmissibles à la descendance, car la génétique était encore inconnue. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'elle a été ajoutée au darwinisme sous la forme du néodarwinisme.

2.Le principe de la sélection naturelle

Au cours du temps, certaines espèces disparaissent, d'autres survivent par un processus de sélection naturelle décrit comme suit (voir en annexe le texte original de Darwin):

  1. Dans le milieu naturel où vit une espèce, les ressources alimentaires sont limitées. [C'est ce que pense Darwin, fortement influencé par les idées de Malthus, comme on le verra plus loin.]
  2. Les individus sont donc en situation de compétition pour se les approprier. Pour survivre, ils mènent une lutte sévère les uns contre les autres.
    Darwin a proposé une version alternative de ce scénario, plus rarement évoquée: la survie de l'espèce fait intervenir la coopération entre individus d'un groupe, et ce sont les espèces qui luttent entre elles.
  3. Dans cette lutte entre individus, les gagnants sont ceux qui, par le jeu des variations, ont été doté d'attributs qui les avantagent parce qu'ils sont mieux adaptés au milieu dans lequel ils vivent.
  4. Ces individus transmettent ces attributs à la descendance ce qui produit l'émergence de nouvelles espèces. Les autres disparaissent.
  5. Les caractères favorables s'accumulent au cours des temps et les espèces sont de plus en plus perfectionnées.
    Darwin écrit: une quantité infinie de belles et admirables formes, sorties d’un commencement si simple, n’ont pas cessé de se développer et se développent encore ! (Phrase finale De l'origine des espèces, p.576)

Darwin a été amené à introduire le principe de sélection naturelle après avoir rendu visite à des éleveurs de bétail et observé les résultats de la sélection artificielle par croisement. Mais alors que la sélection artificielle est dirigée vers un but - celui d'améliorer des qualités choisies - pour Darwin la sélection naturelle n'a aucun but. Elle est le fruit du hasard et des circonstances. Il n'y a pas de plan programmé.

En particulier, toute intervention divine est exclue. Ce dernier point caractérise la théorie de Darwin par rapport à celles admises par ses contemporains même évolutionnistes.

Le contexte historique sur la transformation des espèces

À l'époque où Darwin élaborait sa théorie de l'évolution, puis publiait De l'Origine des espèces, la science était imprégnée des concepts religieux de la Création, particulièrement en Angleterre, son pays, où l'Église anglicane était très puissante. La plupart des naturalistes pensaient que les espèces ont été créées par Dieu de façon immuable. C'est ce qu'on nomme maintenant le principe du créationnisme fixiste.

Pourtant, dès le 17e siècle, pour expliquer de nouvelles observations en anatomie, des naturalistes et philosophes avaient émis l'idée que les espèces se modifient au cours du temps et dérivent de formes préexistantes.

Darwin les cite avec un grand souci de justesse et d'honnêteté qui mérite d'être souligné: le comte Georges - Louis Leclerc Buffon (naturaliste et philosophe français, 1707-1788), Jean-Baptiste Lamarck, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, et d'autres moins connus, dont son propre grand-père Erasmus Darwin (1731 - 1802, auteur de Zoonomia en 1794). Leurs propositions provoquaient de vives controverses.

Les idées transformistes de Lamarck

Jean-Baptiste de Monnet, chevalier de Lamarck (naturaliste français, 1744 - 1829) élabora une théorie globale et cohérente pour expliquer les mécanismes de l’évolution biologique, d'abord dans son livre Philosophie Zoologique (1809). Selon lui, toutes les espèces, l’homme compris, descendent d’autres espèces. Dans la Nature, les organismes successifs tendent vers une plus grande perfection en complexifiant leur organisation.

Cette évolution est due à l'action du milieu et aussi à l'usage ou au non-usage d'un organe. Par exemple, selon lui, la girafe a un long cou et de longues pattes avant, parce qu'elle s'est efforcé continuellement de brouter les feuilles de la cime des arbres raréfiés. Les organes inutilisés s'atrophient. Enfin, les caractères acquis de cette façon sont transmis à la descendance (hérédité des caractères acquis). (voir Wikipédia Jean-Baptiste de Lamarck)

Ce n'était pas l'opinion de Darwin. Pour lui, la nature n'a pas une finalité. Certaines girafes ont eu par hasard un cou et des jambes plus grands que les autres. Cela les a favorisées pour accéder à la nourriture et ces nouveaux caractères ont été transmis à leur descendance.

Georges Cuvier, vigoureux opposant

Les conceptions de Lamarck furent l'objet de vigoureuses attaques de la part des fixistes.

Le français Georges Cuvier (1769 - 1832), promoteur de l'anatomie comparée et de la paléontologie, professeur au Muséum d'histoire naturelle et secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, utilisa tous ses pouvoirs pour entraver la diffusion des idées transformistes. Il empêcha leurs partisans d'accéder à des carrières académiques et leur bloqua la possibilité de publier dans des revues scientifiques qu'il contrôlait.

Cette réaction d'autoritarisme est typique et récurrente lorsque de nouvelles idées sont introduites en science. J'en ai rapporté certains cas en physique (voir article Matière et Rayonnements). On en verra d'autres exemples dans le cours de cet article.

Constatons à ce propos que le comportement violent de certains scientifiques influents n'est pas en accord avec l'image que nous nous faisons de la progression de la connaissance scientifique par l'examen objectif et attentif des arguments en présence.

Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et les homologies

Participant à l'expédition scientifique en Égypte organisée par Napoléon en 1798, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (naturaliste français, 1772 - 1844) en profite pour étudier des animaux vivants et des animaux sacrés momifiés restés intacts. Il en relève les caractères homologues et en tire sa conception des plans d'organisation des organes: tous les animaux sont construits selon le même plan, les mêmes éléments étant associés avec les mêmes connexions, même s'ils diffèrent en taille et en forme.

Il est persuadé que les formes ont évolué très lentement sous l'influence des conditions d'existence. (voir Wikipédia Étienne Geoffroy Saint-Hilaire)

Alfred Russel Wallace, soutien de Darwin et spiritualiste

Alfred Russel Wallace

Wallace à l'âge de 55 ans. Merci à The Alfred Russel Wallace Page

Alfred Russel Wallace (1823 - 1913), naturaliste britannique et confrère de Darwin, étudia la répartition géographique de nombreuses espèces du bassin de l'Amazone et de l'archipel malais avant que Darwin ne publie De l'Origine. Ses réflexions l'amenèrent à élaborer indépendamment une théorie de l'évolution organique menant à la création de nouvelles espèces.

Elle était donc proche de celle de Darwin, et j'ai rapporté plus haut que c'est ce qui a incité Darwin à sortir de son silence. Darwin insiste sur la lutte entre individus, tandis que Wallace met en avant l'adaptation à l'environnement.

Dans son autobiographie, Wallace écrit: Le problème était alors non seulement de savoir comment et pourquoi les espèces changeaient, mais comment et pourquoi elles évoluaient vers de nouvelles espèces bien définies, différenciées les unes des autres de tant de façons...

Darwin et Wallace ont longtemps échangé leurs connaissances et opinions, et Wallace fut un ardent défenseur de De l'origine. Puis, à partir de 1866 environ, il fit l'expérience du spiritisme, une pratique de communication avec les âmes désincarnées, qui le mettait en contact avec des réalités non matérielles. Cela contribua à changer son point de vue.

Tout en conservant sa conviction de l'action de la sélection naturelle, il cessa de l'appliquer à l'homme et affirma que le génie mathématique et artistique ne pouvait pas avoir émergé par ce processus. Les réalités spirites lui montraient une autre facette de l'univers, organisé de façon à permettre le développement de l'esprit humain. Il y voyait donc un but, ce qui était en opposition avec la théorie de Darwin.

Ici encore, se manifesta alors l'attitude intolérante d'une partie de la communauté scientifique. À cause de ses convictions, Wallace reçut des critiques virulentes de la part de la presse scientifique, en particulier de la revue médicale The Lancet, qui ruinèrent sa réputation scientifique. (voir Wikipédia Alfred Russel Wallace)

Polémiques après la publication de L'origine des espèces

Dès sa sortie, le livre Sur l'origine des espèces connut un grand succès auprès du public.

Darwin, dessin caricatural d'A. Gill, paru dans le journal satirique La Petite Lune, 1878

Mais il suscita d'intenses polémiques parmi les scientifiques et parmi les institutions religieuses. Bien que certains scientifiques soutenaient la théorie, d'autres étaient heurtés par le principe de sélection naturelle. La possibilité de transmission de nouveaux caractères à la descendance faisait aussi débat.

Bien que Darwin ne parlait pas à ce moment de l'application de sa théorie à l'apparition de la race humaine (pas avant la parution d'un ouvrage ultérieur La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe), d'autres en tirèrent immédiatement la conséquence logique que l'homme descend du singe, et qu'il est un animal. Ils en firent des caricatures moqueuses voire méprisantes.

La sélection étendue au domaine social

Selon le darwinisme, dans un milieu donné, c'est l'espèce la mieux adaptée qui se développe le plus au détriment des autres. Certains philosophes ont été séduits par ce principe et l'ont étendu à la race humaine.

Aussi, dans notre société, la catégorie de gens la plus répandue serait logiquement celle qui a acquis le plus d'avantages par rapport à d'autres restées primitives.

La lutte des individus pour survivre

Darwin n'a pas lui-même proféré explicitement cette généralisation. Toutefois, il s'est inspiré de philosophies de son temps qui y amènent. Il cite volontiers l'économiste anglais Thomas Robert Malthus et le sociologue anglais Herbert Spencer.

Le principe de la lutte des individus pour survivre dans la société a été proposé par Malthus (1766-1834) dans son Essai sur le principe de population en 1798. Il affirme qu'il y a plus d'êtres vivants que le milieu ne peut en nourrir, qu'ils luttent entre eux et que les plus adaptés survivent au détriment des autres. Cet essai a influencé toute son époque et en particulier Darwin, comme il le dit explicitement dans son autobiographie: J’avais donc enfin trouvé une théorie sur laquelle travailler.

En 1863, le biologiste britannique Thomas Huxley (1825 - 1895), ardent défenseur de Darwin, publie son livre Evidence as to Man's Place in Nature (De la place de l'Homme dans la nature) dans lequel il applique la théorie de la sélection naturelle au genre humain.

En 1864, Wallace fait de même en publiant un article intitulé The Origin of Human Races and the Antiquity of Man Deduced from the Theory of Natural Selection (L'origine des races humaines et l'ancienneté de l'Homme déduites de la théorie de la sélection naturelle).

Herbert Spencer (1820 - 1903) insiste sur l'amélioration de l'être humain. C'est par la lutte que les gagnants - qui sont les plus aptes - apportent l'amélioration de l'être humain et le progrès. Les autres restent figés dans un état primitif.

Pour ceux qui ont été séduits par cette généralisation, la théorie de Darwin appliquée à la société politique semble justifier la domination d'une élite sur une masse moins apte. Le philosophe allemand Karl Marx (1818 - 1883) s'en est inspiré pour élaborer sa théorie de la lutte des classes.

Cette dérive a aussi été utilisée comme argument raciste pour affirmer la supériorité de la race blanche par rapport à la race noire.

Amélioration génétique de l'espèce

Poussant plus loin l’aberration, le principe de survie des mieux adaptés fut utilisé pour mettre en œuvre des programmes sociaux destinés à favoriser le développement génétique d'une élite, comme le contrôle autoritaire du choix des partenaires sexuels. L'eugénisme consiste à vouloir "améliorer" la race humaine en stérilisant certaines catégories d'individus. Hitler s'en empara et en fit ce que l'on sait.

En fait, les germes de ces idées furent écrits dès la première traduction française de l'Origine en 1862 par la philosophe française Clémence Royer (1830 - 1902), qui dans sa traduction prit des libertés avec le texte original. Elle ajouta en particulier une préface dans laquelle elle s'élevait contre les programmes de protection des faibles et des disgraciés de la nature, qui perpétuaient leurs maux.

Expulsion du divin et de la finalité

En déclarant que le hasard est l'unique moteur de l'évolution, Darwin et les darwinistes ont évacué toute idée que l'évolution ait un but, une tendance, une intention ou une finalité.

En outre, ils ont expulsé toute référence à l'influence d'une quelconque intelligence transcendante dans l'histoire de la Nature et des hommes.

Évidemment, ce n'était pas du gout de beaucoup de scientifiques et philosophes et beaucoup en ont été heurtés.

Affirmer que la Nature avance à l'aveuglette enlève tout sens à la Vie elle-même. Et pourtant, dans notre vie quotidienne, nous faisons l'expérience d'une finalité toujours présente.

De nos jours, le débat fait encore rage. Cet article s'inscrit dans une recherche assidue de la vérité.

En réaction à l'expulsion de Dieu par Darwin puis par ses successeurs jusqu'à aujourd'hui, divers courants sont apparus pour donner une place au divin. Il y a ceux qui sont attachés à la notion de Dieu par une obéissance religieuse. Ils adoptent la Bible ou un texte sacré dans leur sens littéral.

Mais il y a aussi ceux dont on ne parle jamais, sans doute parce qu'ils sont plus dérangeants, car ils apportent des vérités solides: ceux pour qui le divin est une expérience vécue qui résonne et agit en eux, et dont ils peuvent témoigner.

Dieu créa les espèces animales

Parmi ceux qui obéissent fidèlement à la doctrine religieuse, certains groupes s'en tiennent au sens premier de la Bible ou du Coran, et pour eux les espèces végétales et animales que nous connaissons ont été créées par Dieu.

Ainsi dans la Genèse, on lit que Dieu a fait apparaître la terre ferme puis il a ensuite fait surgir les animaux dans la mer, dans l’air et sur la terre. On peut dire que chaque espèce a été créée spécialement, indépendamment des autres. 20 Dieu dit: Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l'étendue du ciel... 24 Dieu dit: Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. Et cela fut ainsi. (Genèse 1)

La Bible ou autres textes sacrés sont interprétés au sens concret matérialiste des mots. Pourtant de nombreux exégètes ont enseigné comment les textes pouvaient être décodés en faisant appel au symbolisme. Cela donne une perspective bien différente et beaucoup plus riche.

Les courants qui posent comme principe que Dieu, ou une Intelligence supérieure, a créé toutes les formes de vie dans l'Univers sont groupés sous le nom de créationnisme.

Les espèces immuables du fixisme

Parmi les courants créationnistes, le fixisme prône que les espèces ainsi créées sont immuables. Avant son voyage, Darwin était partisan du fixisme. Des savants comme Cuvier défendaient cette position. Pour eux, il était inconcevable qu'il puisse en être autrement.

Une variante du fixisme a été défendue par Charles Lyell, ami de Darwin. Les créations auraient pu avoir lieu non pas toutes en même temps au début de la vie, mais échelonnées à différentes époques en différentes régions du globe. Des catastrophes en éliminent certaines et d'autres sont créées à leur suite.

L'évolution guidée par des lois d'origine divine

D'autres courants créationnistes, à l'époque de Darwin comme à notre époque, pensent que Dieu a créé non seulement les espèces mais aussi les lois naturelles qui régissent l'évolution de la vie, et que les espèces ont évolué d'elles-mêmes dans le temps (créationnisme évolutionniste).

Ils font donc la distinction entre l'apparition de la Vie (création) et l'évolution des espèces. La supposition que des formes de vie ont été créées par une Intelligence supérieure ne s'oppose pas au principe qu'elles aient pu évoluer ensuite.

Dans leurs discours actuels, les scientifiques évolutionnistes néodarwinistes opposent systématiquement leur théorie au créationnisme fixiste, négligeant de citer le créationnisme évolutionniste.

Cela prête à confusion car cela laisse entendre qu'il n'y aurait que deux choix possibles, le fixisme ou le darwinisme. Pourtant nombreux sont les croyants qui admettent les données scientifiques de l'astrophysique et l'évolutionnisme.

À notre époque, les visions se sont diversifiées et d'autres courants sont apparus, tel que la synthèse étendue, la Conception Intelligente et d'autres. En quatrième partie, j'insisterai sur une conception qui inclue le pilotage (ou cybernétique) des activités chimiques et génétiques par les champs d'information.

Il me faut d'abord exposer la théorie darwiniste sous sa forme révisée actuelle, qui tient compte du niveau moléculaire et de la génétique.

Le néodarwinisme ou
théorie synthétique de l'évolution

En son temps, nous l'avons dit, le darwinisme a suscité de nombreuses oppositions. La proposition concernant la sélection naturelle a été mal reçue. Et malgré l'opiniâtreté de Darwin pour accumuler les preuves de la validité de sa théorie, le principe de la transmission héréditaire des variations restait vraiment mystérieux.

Il fallut attendre d'abord les études de Mendel sur la génétique, et surtout la découverte du code génétique au niveau moléculaire de l'ADN, pour que le darwinisme reprenne vigueur auprès des scientifiques dans les années 1970, sous une forme rénovée, appelée théorie moderne de l'évolution, théorie synthétique de l'évolution, ou néodarwinisme.

La génétique moléculaire entre en scène

Les lois génétiques de la descendance, découvertes par un contemporain de Darwin, Gregor Mendel (botaniste autrichien, 1822 - 1884) n'avaient pas alors attiré l'attention de Darwin, pas plus que celle des autres savants.

Ce n'est qu'au début du 20e siècle que ces lois furent redécouvertes indépendamment par Hugo de Vries, Carl Erich Correns et Erich von Tschermak et que la génétique devint l'objet d'intenses recherches qui se poursuivent de nos jours.

Dans les années 1930 à 1950, on découvre que c'est la molécule d'ADN qui porte les gènes (voir mon article La molécule d'ADN et le code génétique). Les recherches s'intensifient alors au niveau moléculaire.

La théorie synthétique de l'évolution a été conceptualisée en premier en 1942 par le biologiste allemand Ernst Mayr (1904 - 2005) dans son ouvrage Systematics and the Origin of Species.

En 1970, le biologiste français Jacques Monod (1910 - 1976, prix Nobel de médecine en 1965) s'en est fait le champion dans son ouvrage Le hasard et la nécessité, Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne, qui a amené le débat sur la place publique.

Un autre ardent avocat de la théorie synthétique de l'évolution est le biologiste britannique Richard Dawkins (né en 1941), devenu célèbre après la publication en 1976 de son ouvrage The Selfish Gene (Le gène égoïste, 2003, ed. Odile Jacob). Fortement médiatisé, il tient souvent des propos virulents vis-à-vis des théories adverses.

Les principes de la théorie synthétique

La théorie synthétique de l'évolution s'appuie sur les deux mêmes principes darwinistes de base - variation aléatoire et sélection naturelle - qui prennent une nouvelle forme. Elle s'applique à toutes les espèces vivantes, plantes, animaux et aussi - c'est nouveau - êtres humains.

Principe de variation aléatoire

Principe de sélection naturelle

Ainsi, les explications de Lamarck sur les variations avantageuses sont complètement rejetées. Ce n'est pas parce que la girafe veut manger plus haut que son cou s'allonge, mais parce des variations aléatoires l'ont avantagée.

De même, ce n'est pas parce que les populations à la peau noire vivent au soleil qu'elles ont acquis cette pigmentation. C'est parce que des mutations aléatoires ont doté certains ancêtres de cette peau noire, qui les a favorisés par rapport aux autres car elle permet de mieux se protéger du soleil. Aussi ont-ils mieux survécu et ils ont transmis leurs nouveaux gènes à leur descendance! Il se peut que de telles mutations conférant une peau noire aient aussi eu lieu dans les pays nordiques, mais ces individus n'ont pas survécu.

Remarquons que dans ce scénario, la vie évolue uniquement sous l'influence de causes extérieures: celles qui causent des mutations, et la pression de l'environnement. L'influence de forces internes est exclue.

Telle est la théorie synthétique de l'évolution. Cela ne signifie pas qu'elle rende compte de la réalité. C'est avant tout une construction de l'esprit qui s'efforce de coller aux observations collectées sur les fossiles et sur le génome en restant dans le cadre matérialiste.

Nous verrons dans la partie 2 que ces principes sont tous controversés à cause de failles dans les observations et de découvertes nouvelles en biochimie. Ainsi, l'existence de mutations avantageuses est douteuse. L'épigénétique et la théorie évolutive synthétique étendue remettent en cause le principe d'une transmission linéaire et à sens unique à la descendance.

La vision de la théorie néodarwiniste de l'évolution a des conséquences particulièrement négatives sur la façon d'envisager la vie.

Voici ce que Jacques Monod affirme fièrement sur les implications philosophiques et religieuses de cette théorie: L’ancienne alliance est rompue; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers, d’où il a émergé par hasard. Pas plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. (dans Le hasard et la nécessité, 1970, cité par Wikipédia, expression soulignée par moi)

Le gène égoïste qui évolue pour lui-même

Darwin a introduit le principe de compétition et de lutte des individus pour la survie comme explication de la sélection naturelle. Ce principe a été étendu progressivement par ses successeurs jusqu'au domaine moléculaire.

C'est ainsi que le biologiste britannique Richard Dawkins considère que les entités qui luttent ne sont pas les animaux ou les humains eux-mêmes. Dans son ouvrage Le gène égoïste, Dawkins déclare qu'on rend mieux compte de l'action de la sélection naturelle en plaçant les gènes au centre de l'évolution. Ce sont les gènes de l'ADN eux-mêmes qui entrent en compétition pour leur propre compte.

Le gène est considéré comme une entité libre et indépendante. Il entre en compétition avec les autres gènes qui font partie de son environnement proche. Au cours de ses aventures dans les reproductions de l'individu dont il est un élément microscopique, le gène favorisé est celui qui réussit à se reproduire au maximum.

Toujours selon Dawkins, cette sélection au niveau du gène l'emporte sur la sélection au niveau des individus. Les individus sont considérés comme des machines à survie, des robots aveuglément programmés pour préserver ces molécules égoïstes que l'on appelle des gènes, à l'image des fourmis dont la vie se justifie pour assurer la survie de la reine.

Selon le biologiste Denis Noble (que nous rencontrerons dans la partie 2), aucune expérience ne permet d'indiquer que ce soit vrai.

Une vision belliqueuse de la Nature

La théorie de la sélection naturelle darwiniste part du principe métaphysique que les individus, animaux et végétaux, sont en compétition les uns par rapport aux autres sur un territoire donné et luttent entre eux pour leur survie.

On ne peut nier que des compétitions aient lieu dans certaines circonstances. En effet, on peut constater que des animaux entrent en lutte, surtout quand il s'agit de mâles qui veulent préserver un territoire ou rivaliser pour une femelle. Mais cette lutte a-t-elle pour objectif la survie de l'espèce et doit-elle être posée comme principe fondamental et unique? La compétition n'est-elle pas seulement occasionnelle, à certaines périodes ou dans certains lieux? N'y a-t-il pas d'autres mécanismes qui président à l'évolution?

Le choix de la lutte

Conditionnés par les scientifiques et les médias, nous nous représentons la Nature comme un système de guerre perpétuelle entre les individus. Ne resteraient en place que ceux qui ont couru plus vite que les autres dans la course aux avantages.

Ainsi, le biologiste anglais Thomas Henry Huxley, présenté plus haut, exprimait l'opinion que la lutte pour l'existence est un "processus cosmique", hérité de millions d’années d’entrainement intensif et que nous devons prendre en compte un ennemi tenace et puissant aussi longtemps que dure le monde.

En 1888, il écrit: Parmi les hommes primitifs, les plus faibles et les plus stupides sont allés au mur, tandis que les plus durs et les plus perspicaces [...] ont survécu. [...] La guerre dont parle Hobbes de chacun contre tous était l'état normal d'existence. (T. H. Huxley, The Struggle for Existence in Human Society, Nineteenth Century, 1888, 23, 203). Thomas Hobbes (1588-1679) était un philosophe anglais.

C'est pourquoi les archéologues, lorsqu'ils font une découverte, s'empressent de l'interpréter en terme d'avantages dans la lutte. En ce qui concerne les humains, ils n'envisagent le développement des civilisations passées que par la lutte et le besoin de se défendre et de conquérir.

Cette représentation a récemment été étendue aux gènes eux-mêmes, en tant qu'entités indépendantes en lutte. Mais en quoi est-elle juste?

Car pourtant, il est admis que les populations humaines du néolithique étaient pacifiques, et que c'est à l'âge de bronze que les guerres se sont développées. La découverte d'une cité à Coral (Pérou), qui a vécu dans la paix il y a 9000 ans pendant 1000 ans, prouve que d'autres facteurs d'évolution sont en jeu.

J'ai été stupéfait d'apprendre que la découverte de Coral a été un choc pour les archéologues qui ne comprenaient pas que ce soit possible. Ils ont montré beaucoup de résistance et de fermeture d'esprit.

Le système économique de compétition

La représentation belliqueuse de l'évolution est calquée exactement sur le modèle de fonctionnement de notre système économique.

Le philosophe allemand Friedrich Engels (1820 - 1895) le remarquait déjà: Toute doctrine darwiniste de la lutte pour la vie n’est que la transposition pure et simple, du domaine social dans la nature vivante, de la doctrine de Hobbes: bellum omnium contre omnes et de la thèse de la concurrence chère aux économistes bourgeois, associée à la théorie malthusienne de la population. (Lettre de Engels à Lavrov du 12 novembre 1875, citée par Wikipédia)

Dans notre système économique actuel, les entreprises sont en compétition les unes par rapport aux autres pour survivre. Ce sont les plus forts, les plus malins qui gagnent et s'enrichissent, les autres périclitent.

Cela découle des idées développées par le philosophe et économiste écossais Adam Smith (1723 - 1790). Sa théorie est exposée dans son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, publié en 1776.

Adam Smith considère que la poursuite de l'intérêt individuel (ou la tendance de chaque homme à améliorer sans cesse son sort) entraine pour chacun un comportement qui a pour effet d'aboutir, au niveau de la nation, à la meilleure organisation économique possible. Il prône pour cela la libre compétition et la non intervention de l'état.

Bien que les motifs de Smith étaient des idéaux bienveillants, destinés à créer un monde meilleur pour tous, sa vision a été déformée et détournée au sein de l’actuel système économique. (d'après David Wilcock, L'économie occulte)

Dans ce domaine, la coopération et la solidarité sont rares, elles proviennent d'initiatives individuelles. La compassion est absente. Les qualités de fraternité n'apparaissent aucunement dans les principes du système économique.

Perte du sens moral

En expulsant la divinité, en mettant en avant la lutte pour la survie, le darwinisme a éliminé la moralité et renforcé l'égoïsme. Je ne fait pas référence à une moralité issue de la crainte d'un Dieu qui juge et punit, mais à ce sentiment qui nous pousse à respecter les autres et à développer la compassion.

Si le principe de base de la nature est la lutte pour la survie, c'est la guerre perpetuelle. Dès lors, cela justifie tous les moyens pour gagner du territoire et se développer, sans souci des autres. En serait-il de même pour les êtres humains?

Certains scientifiques répondent positivement. Le biologiste états-unien Randy Thornhill et l'anthropologue Craig T. Palmer, dans leur ouvrage A Natural History of Rape, Biological Bases of Sexual Coercion (2000), ont développé l'idée que le viol est le produit d'une stratégie génétiquement avantageuse dans certaines circonstances, autrement dit celle de répandre son sperme.

Des critiques ont soutenu cette hypothèse en arguant que force est de constater que la nature et la société sont riches en conflits sexuels violents. Certes, ces auteurs ne justifient pas le viol et proposent de mieux le comprendre. Mais cette théorie semble n'avoir aucun fondement, car d'autres ont fait remarquer que le viol des enfants et des hommes n'offre pas d'avantage de survie. Et pourquoi alors la société aurait-elle poussée à adopter des lois qui protègent l'individu et punissent les agressions?

Si nous regardons en nous-même, nous sentons bien qu'agresser un autre n'est pas correct, et qu'au contraire tout nous pousse à respecter, et développer de la bienveillance pour les autres. Quelle impulsion intérieure nous entraine à cela? Il n'y a pas que la crainte de la justice humaine. Il y a des élans du cœur.

Voici ce qu'en pense l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan (né en 1948 à Hanoï au Vietnam), auteur de l'ouvrage Le Cosmos et le Lotus (Albin Michel, 2001). La théorie de l'évolution et de la sélection naturelle de Charles Darwin [...] revient à dire que je ne suis qu'un automate qui se prend pour un être pensant, un robot auquel l'évolution aurait donné l'illusion de disposer d'un libre arbitre... En somme, le libre arbitre n'existerait pas. Poussant ce genre de raisonnement jusqu'à sa conclusion logique - ce que les partisans de cette thèse ne font pas - on pourrait dire que si le libre arbitre n'existe pas, les concepts de valeur, de responsabilité, de morale, de justice et d'éthique qui sont à la base des sociétés humaines et de la civilisation n'ont pas d'avantage lieu d'exister.

Évidemment, Trinh Xuan Thuan s'oppose à cette façon de voir. Sa position morale est inspirée par le bouddhisme. Je développerai cela dans la partie 3.

Impact négatif sur le moral

En l'absence de moralité et de valeurs de vie, la théorie synthétique de l'évolution enlève tous sens à la vie.

Nous ne sommes que le produit mécanique du hasard. L'évolution est aveugle. Le monde avance vers sa mort entropique. Pourquoi donc vivre si nous ne sommes qu'un produit du hasard sans lendemain? Cela laisse un grand vide dans l'esprit de beaucoup de gens.

Une enquête effectuée en 2003 chez des étudiants aux États-Unis a révélé qu'une partie d'entre eux ne croyaient pas à la théorie néodarwiniste. Une autre partie s'y résignait mais cela ne les aidait pas à trouver une raison de vivre. Ils ont majoritairement répondu que la croyance en la théorie de l'évolution favorisait la justification de l'égoïsme et du racisme. (Perceived consequences of evolution: College students perceive negative personal and social impact in evolutionary theory, Sarah K. Brem, Michael Ranney, Jennifer Schindel, Science Education, 2003, 87, 181)

La théorie alternative de la synthèse évolutive étendue (exposée en partie 2) offre une vision plus intéressante. Globalement, on peut dire qu'elle met en avant le principe d'une force interne. L'évolution aurait lieu parce qu'il existe dans les organismes une force qui tend vers cela. Mais d'où viennent les lois biologiques qui créent cette force? D'autres chercheurs font allusion à une force intelligente supérieure (qui n'est pas le dieu créationniste). Nous développerons cela dans la partie suivante.

Coopérations au sein de l'espèce

Au moment où Darwin introduisait sa conception de sélection naturelle qui fonctionne aveuglément et froidement en tuant les faibles, une conception opposée prévalait: celle de la nature comme Mère bienveillante qui prend soin de ses enfants.

Darwin avait toutefois adouci son propos en précisant que la lutte pour la victoire du plus apte pouvait avoir une autre interprétation: la lutte pour la survie pourrait concerner l'espèce dans son ensemble, et non les individus, ce qui autorise une coopération entre individus d'une même espèce pour protéger la progéniture: Les communautés qui renferment la plus grande proportion de membres les plus sympathiques les uns aux autres, prospèrent le mieux et élèvent le plus grand nombre de rejetons. (Darwin, The descent of man).

L'évolution d'un groupe dans son ensemble par variations aléatoires et sélection naturelle, avec coopération possible entre ses membres, est nommée macro-évolution.

Plusieurs auteurs ont en effet rapporté que la compétition au sein d'une espèce, bien qu'existante, est marginale, et que l'entraide et la coopération entre individus sont déterminantes pour l'évolution des espèces. On peut citer le zoologiste russe Karl Fedorovitch Kessler (1815- 1881), et particulièrement le philosophe russe Pierre Kropotkine (1842-1921).

Dans son ouvrage L’entraide, un facteur de l’évolution (publié en 1902, traduction française 1906), Kropotkine écrit que les habitudes sociales des espèces animales assurent aux animaux une meilleure protection contre leurs ennemis, très souvent des facilités pour la recherche de leur nourriture (provisions d’hiver, migrations, etc.), une plus grande longévité et, par conséquent, une plus grande chance de développement des facultés intellectuelles. (cité dans Entraide, empathie, bienveillance. De Kropotkine à Hobbes et retour, 30/07/2014)

Des auteurs plus récents reprennent cette opinion. Michael Ruse écrit: l’altruisme biologique est un phénomène largement répandu, disséminé partout dans le monde biologique. De plus, il y a de très bonnes raisons de penser qu’il pourrait être favorisé par l’évolution au travers de la sélection naturelle. (Une défense de l'éthique évolutionniste, dans J.P. Changeux, ed. Fondements naturels de l’éthique, Paris, Odile Jacob, 1993, cité dans Entraide, empathie, bienveillance. De Kropotkine à Hobbes et retour, 30/07/2014)

Toutefois, même si une entraide existe à l'intérieur d'une espèce, le principe de lutte pour l'existence est encore supposé être l'acteur de l'évolution, même s'il est élevé d'un niveau. Cette idée sera développée plus tard avec la théorie de la sélection à niveaux multiples (voir partie 2).

Pourtant, la constatation de l'entraide au sein de l'espèce nous montre qu'elle existe bel et bien en tant que composante de la vie naturelle.

L’altruisme n'est-il pas une réalité à l'échelle de la création même? Je le pense. Et les comportements de lutte n'apparaitraient que dans certaines circonstances, lorsque les individus se trouvent face à des conditions menaçantes.

Vivre dans l'offrande

Lorsque les naturalistes constatent qu'une espèce disparait au profit d'une autre, peut-on en déduire qu'elle est perdante dans la lutte avec les autres espèces? Ou tout simplement qu'elle se retire?

Question de regard. Il semble que nous interprétons très vite notre observation en transposant notre propre mentalité sur les animaux.

Nous vivons dans une société où le chacun pour soi est la règle. C'est le choix de l'humanité actuelle, et il se reflète dans notre façon de percevoir la vie et la nature. Nous avons peur de disparaitre, et nous pensons qu'il en est de même des animaux. Rien ne le prouve.

De nombreuses personnes ont pu remarquer que quoique les animaux demandent à être aimés et bien traités, ils acceptent la mort et leur destin. Ils ne luttent pas contre. Ils n'imaginent pas un chemin de vie et de développement de la même façon que nous.

Les amérindiens affirment même que lorsqu'un animal est capturé pour leurs besoins, ou est la proie d'une autre animal, il l'accepte comme une offrande à la vie. Par cette offrande, son âme (oui, il en a une) évolue vers la lumière.

Vivre dans l'altruisme

Certains courants de la psychanalyse, en analysant les tendances agressives et violentes de l'être humain, ont avancé qu'il était mauvais par nature.

Là encore, c'est seulement l'orientation du regard que l'on y porte. En réalité, des sociétés humaines ont vécu naturellement dans la solidarité. Les peuples pacifiques ont une éthique différente de la vie et de son organisation. Pour la plupart, ils ont développé des liens de coopération avec les plantes et les animaux, y compris les animaux sauvages.

Les études psychologiques récentes comme la psychologie biodynamique montrent au contraire que l'être humain est bon et joyeux par nature. Sa méchanceté apparait uniquement comme réflexe de survie.

Marqué dès le début de sa vie par des manques d'attention ou d'amour, un individu développe un scénario de défense et de compensation, qui lui confère une seconde nature. S'il n'est pas dans le manque - de ressources ou d'attention - nul besoin de faire la guerre. La guerre est liée à la souffrance. On peut, par l'introspection, se libérer de la peur de manquer, et redonner sa place au sentiment d'altruisme et de compassion (voir mon article L'enfant intérieur et le langage des émotions)

Mais quelle est la source de la compassion? Serait-ce un autre truc pour la conservation de l'espèce? Non car la compassion de l'humain embrasse tous les règnes, pas seulement sa propre espèce. C'est le sentiment profond que nous sommes tous interdépendants. Bien plus, c'est la révélation que l'autre est une partie de moi.

Aller à la deuxième partie

Les failles de la théorie néo-darwiniste de l'évolution

2. De plus en plus de chercheurs soulignent les inconsistances de la théorie néodarwiniste, construite sur une interprétation controversée des découvertes archéologiques. L'un des points les plus contestables est que des mutations aléatoires puissent conférer des caractères avantageux. Un autre est que les caractères complexes devraient apparaitre progressivement. Or les bactéries incluent des systèmes biologiques très élaborés qui sont apparus tout faits. Les nombreuses avancées de la biologie montrent que la transmission génétique est bien plus complexe que par la voie unique des gènes. Les zones dites non-codantes jouent un rôle très important dans la régulation génétique et des instructions nouvelles peuvent passer dans la descendance sans qu'il y ait de mutations dans les gènes. Enfin, la composition de l'ADN des mitochondries montre que les espèces sont génétiquement bien distinctes, sans chainon intermédiaire. La synthèse évolutive étendue tient compte de cette complexité et de cette mobilité en intégrant l'épigénétique et la théorie des systèmes.

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La sélection naturelle, par Ch. Darwin
Extrait de: L'origine des espèces, p.140

Si, au milieu des conditions changeantes de l’existence, les êtres organisés présentent des différences individuelles dans presque toutes les parties de leur structure, et ce point n’est pas contestable;
s’il se produit, entre les espèces, en raison de la progression géométrique de l’augmentation des individus, une lutte sérieuse pour l’existence à un certain âge, à une certaine saison, ou pendant une période quelconque de leur vie, et ce point n’est certainement pas contestable;
alors, en tenant compte de l’infinie complexité des rapports mutuels de tous les êtres organisés et de leurs rapports avec les conditions de leur existence, ce qui cause une diversité infinie et avantageuse des structures, des constitutions et des habitudes, il serait très extraordinaire qu’il ne se soit jamais produit des variations utiles à la prospérité de chaque individu, de la même façon qu’il s’est produit tant de variations utiles à l’homme.

Mais, si des variations utiles à un être organisé quelconque se présentent quelquefois, assurément les individus qui en sont l’objet ont la meilleure chance de l’emporter dans la lutte pour l’existence;
puis, en vertu du principe si puissant de l’hérédité, ces individus tendent à laisser des descendants ayant le même caractère qu’eux.

J’ai donné le nom de sélection naturelle à ce principe de conservation ou de persistance du plus apte. Ce principe conduit au perfectionnement de chaque créature, relativement aux conditions organiques et inorganiques de son existence; et, en conséquence, dans la plupart des cas, à ce que l’on peut regarder comme un progrès de l’organisation.

Texte conforme à la nouvelle orthographe française (1990)

12 juin 2019